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SAVA : Le bien-être de la région et de ses habitants

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altDans une démarche objective et volontaire visant à réduire la pauvreté dans la région de la SAVA, il est indispensable de positionner les conduites à tenir dans un contexte du « bien-être » qui doit bien entendu inclure la région ainsi que ses habitants.

En début des années 2000, la région a connu une forte augmentation des prix de la vanille. Rapidement la population s’est hissée à un niveau de vie jamais connue. Cette situation a duré quatre ans au cours des quels des valeurs comme la solidarité, l’entre-aide, la générosité qui depuis toujours constituent le fondement de la société malgache ont perdu leur caractère sacré.

Emprunt, intérêt, endettement appartiennent désormais au vocabulaire courant. Alors que le pouvoir d’achat a rechuté et continue à régresser lamentablement, des clôtures et des portails cadenassés se construisent et semblent rester la priorité de chacun. Les cousins ne sont plus les bienvenus. Tout le monde se méfie de tout le monde. La confiance n’existe plus : ni entre amis, ni entre voisins, ni même entre frères et sœurs.

Un nouveau comportement individualiste se détache et s’oppose à la mentalité traditionnellement solidaire. Est-ce un progrès ?

En tout cas à ce jour, il devient impossible de rétablir le modèle de société des « liens forts » d’autrefois.

Les valeurs d’intérêt  particulier prédominent.

Les tabous (fady) qui par le passé avaient beaucoup rendu service à la gestion de l’environnement sont largement bafoués et classés dans les placards ancestraux.

Jusqu’à une époque récente, la majorité des familles de la région inscrivait dans la liste de ses « fady » traditionnels l’interdiction de manger la viande de lémurien. Il était également interdit de consommer des « sifotra » (bulot d’eau douce) qui en réalité sont des nettoyeurs de ruisseaux en se nourrissant des particules en suspension.

Selon la croyance populaire, les grands arbres possédaient une âme sacrée protégée par le dieu de la forêt.

Refuser une hospitalité à un étranger était proscrit au risque, selon la légende populaire, de se transformer en crocodile.

Le processus de changement semble irréversible : la force vive de la région SAVA comme d’ailleurs celle de la Nation, est happée par la mondialisation.

La grande interrogation reste à savoir comment accompagner cette mutation ? L’objectif étant bien sûr d’en tirer profit et le plus équitablement possible.

Comment rassembler les habitants autour d’un idéal de changement ?

Comment les emmener à prendre leur destin en main ?

 

Idéal de changement

Le malaise qui déchire intérieurement la population de la SAVA aujourd’hui, est né du dilemme créé par l’adhésion, volontaire ou obligée, à la satisfaction du désir immédiat de l’amélioration d’une situation personnelle et à la pression du devoir ancestral maintenu par un groupe familial omniprésent.

Jadis, lorsque quelqu’un arrive à se sortir de la misère, le groupe qui l’entoure le qualifie de chanceux. Et cette chance est, en grande partie, apportée par la bénédiction des ancêtres qui par définition appartiennent à toute la famille. A l’origine, cette attitude avait la même signification que portent aujourd’hui les chercheurs de champignon : certains ont de la chance et d’autres non. A l’époque où la société vivait encore exclusivement de la chasse, de la pêche et de la cueillette, celui qui rapportait le plus gros gibier au village a été perçu comme accompagné d’une bonne étoile.

Le malaise est donc palpable et la raison non avouée de la construction massive des clôtures dans la région est plus souvent la mise à l’écart des membres de la famille jugés trop encombrants. Cette tactique semble présenter peu d’efficacité : la sollicitation perdure.

Il n’est portant pas faux de remarquer que certains s’en échappent peu à peu : ce sont des gens qui ont su développer leur entreprise autour d’un savoir-faire dont la plus-value émane d’un effort particulier reconnu et incontestable.

Il apparaît donc que c’est dans cette direction que le début d’évolution de mentalité doit opérer : Vendre ce qu’on a produit et monnayer ce qu’on a valorisé.

 

Prendre son destin en main

Qui viendra nous aider à nourrir nos enfants ? Dans le domaine hiérarchique plus étendu, qui viendra nous aider à nourrir notre population ?

Les annonces prometteuses de chefs de région lors de leur prise de fonction sont loin de se concrétiser.

Les engagements de changement faits sur la « Place du 13 mai » ne sont plus que des souvenirs.

Les promesses d’aide au développement faites par les pays riches lors des différentes rencontres internationales, sont loin d’atteindre les objectifs annoncés.

C’est dire que c’est à la population locale de prendre elle-même ses destins en main. Prendre son destin en main commence par bien nourrir ses enfants, bien les soigner et être capable de leur offrir un cadre de bien-être quotidien.

Mais cet agréable cadre de vie une fois bâti, quel devenir subira-t-il si la technique de transmission des témoins n’est dès à présent, ni solidement préparée, ni continuellement répétée ? D’où la nécessité de donner la priorité à l’Enseignement.

L’exemple d’Antalaha ressemble malheureusement à un cas d’école :

Durant des années, Antalaha demeurait une ville paisible, douce et agréable à vivre. Plusieurs rangées de filaos plantés tout le long de la page, rendaient l’alizé très doux et la mousson moins pénible jusqu’au jour où un Maire dont l’acquisition d’instruction s’est arrêté au niveau primaire, avait décidé de les abattre. Il était évident pour lui que ces arbres dont il ignorait l’histoire n’avaient qu’une valeur décorative.

Lui a-t-on transmis à lui et à ses enfants que ces filaos avaient une  utilité à la préservation des belles plages de sable fin ? A-t-on  suffisamment répété qu’ils étaient volontairement plantés en quinconce pour protéger la ville des cyclones à répétition ?

Il est clair que par ignorance ce Maire a fauté, mais ne doit-on pas se poser également la question sur la structure des programmes d'enseignement ?

 

Vaincre la pauvreté par les pauvres...


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